Plan antisuicide, coup de gueule
Vendredi, 29 Juillet 2011 11:39
Tout ce qui a été annoncé en matière de programme de la prévention du suicide est bidon. Bidon because les maigres mesures mises en place sont désuètes et inadaptées et que les politiciens sont plus occupés par l'affaire DSK ou leur élection. C'est d'une tristesse à mourir....
L'article de Sorj Chalandon du Canard enchaîné est fort bien documenté. En voici les essentiels commentés par un homme en colère: moi.
Figurez-vous que le Programme national d'action face au suicide n'est encore aujourd'hui qu'un « document de travail ». Voilà qui augure de la suite...
Ce document, censé définir la politique du gouvernement, et dont Nora Berra, secrétaire d'Etat à la Santé, annonçait, voilà seize mois, la publication «prochaine », ne repose en fait que sur l'exploitation de données dont les plus fraîches affichent six ans d'âge.
Il s'agit d'abord du « Baromètre 2005 » de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, consacré au nombre de tentatives de suicide selon la catégorie socioprofessionnelle. Repris dans un numéro de la « Revue d'épidémiologie et de santé publique » sur « le suicide et l'activité professionnelle en France » (2009), ces résultats sont analysés à la lumière de travaux encore plus anciens. Et qu'il a fallu débusquer dans diverses contrées lointaines.
Ainsi, l'importance de la charge de travail dans le facteur suicidaire renvoie à une étude... japonaise, qui remonte, elle aussi, à 2005. Quant aux différences socio-économiques des candidats à la mort volontaire et aux données statistiques par sexe, elles s'appuient sur des observations effectuées en Finlande de 1971 à 2000.
Autre étude qui sera d'un grand secours pour guider le gouvernement dans ses réflexions, une analyse de 1998 sur la corrélation entre utilisation de pesticides et tendances suicidaires chez les fermiers canadiens... À se tordre de rire si le sujet n'était pas aussi sérieux
Autant de recherches éminentes, citées par l'Institut national de veille sanitaire (INVS), et qui n'ont qu'un défaut : elles ne tiennent, et pour cause, aucun compte d'événements récents, tels que la récession de 2008, la vague de suicides à France Telecom ou, plus récemment, la sécheresse.
Pas grave : la brutalité du management, les conséquences de la crise ou l'abattage contraint d'un cheptel n'ont évidemment aucune incidence sur la dépression humaine.
Statistiques à se flinguer
Faute d'outils appropriés, les priorités du plan interministériel (« améliorer, développer, renforcer, prévenir ») se déclinent alors au doigt mouillé. Ainsi, selon les chiffres de la Direction de la recherche des études de l'évaluation et des statistiques publiés en 2006 (il n'y a rien de plus récent \), « environ 19 500 personnes » ont été répertoriées comme ayant tenté de mettre fin à leurs jours « au début des années 2000 ». Tant de précision laisse pantois. Et, parmi elles, entre 11 000 et 12 000 y seraient parvenues. Une approximation qui sert aujourd'hui de socle au futur Programme national.
Ces données négligent bizarrement le phénomène de sous-déclaration du suicide. Il faudrait, selon plusieurs chercheurs, gonfler les chiffres de 20 à 25 % pour approcher de la vérité. « A la campagne, on détache le paysan de sa poutre pour le fourrer sous son tracteur et faire croire à un accident », explique crûment un agriculteur du Morbihan.
Au poids conjugué de la religion, de la morale et de la famille, qui conduisent souvent à dissimuler un suicide, il faut ajouter ce que certains appellent la « logique assurantielle ». Le suicide étant exclu des risques couverts par les compagnies d'assurances lors de la première année du contrat, de nombreuses familles s'arrangent pour ne pas ajouter au deuil de l'être aimé la perte d'une prime. Une réalité que le Programme national d'action ignore pudiquement. Aucune étude moldo-valaque de 1918 pour l'étayer ?
"Priorité nationale" restée en plan
Toujours de Sorj Chalandon du Canard :
PERSUADÉS qu'il est possible d'étudier sérieusement le rapport entre travail et suicide, 44 professionnels de santé ont appelé, dans « Libération » (22/5), à la création d'un « observatoire des suicides » indépendant et pluridisciplinaire. Car, s'il est difficile d'établir le lien entre l'intention de mourir - drame « multifactoriel » - et l'activité professionnelle, cela devient mission impossible lorsque les capteurs ou les réseaux d'alerte font défaut.
Dans ce texte, les signataires rappellent ainsi que, contrairement à la Suède ou à la Grande-Bretagne, la France ne dispose pas d'un « instrument de connaissance et d'aide à la décision des pouvoirs publics » permettant une « politique de prévention efficace » contre le suicide, déclarée « priorité nationale de santé publique » en 1997.
Elle ne dispose, en tout cas, d'aucun moyen de collecter des informations objectives, notamment sur les risques psychosociaux, et de les traiter en temps réel.
Dans le pays du « travailler plus pour gagner plus », penser que le travail puisse être déstructurant serait suicidaire...
Beau travail de recherche Sorj !
Voilà, cela s'ajoute à l'hypocrise générale. L'impression que tout le monde s'en fout. Que font les grands cabinets de psychologues, engagés à prix fort par les entreprises ?
Il y a pourtant, quand un processus suicidaire est engagé, des signes précurseurs évidents. Où sont les balises ? Où sont les évaluations avant attribution de postes ?
Kristel, une étudiante en Neuro-Coaching engagée, soulignait que les offres d'emploi de cadres sont démentes et les qualifications requises dans une complète dichotomie avec les fonctions réelles du poste.
Emprise du stress savamment entretenu, pressage de citron garanti, insécurité, sentiment d'impuissance, dévalorisation... Tiens j'arrête là. La recette ? Miterrand, sous ses airs bonhomme n'était pas mal. Sarko, quant à lui...